Intéressant en commençant l’année de réviser un peu de vocabulaire. Comme à l’école. Vérifions les acquis.
Si notre sensibilité, notre équilibre émotionnel, nos relations ont été secoués en 2020, la langue française a aussi été revisitée.
Nous avons entendu (et subi) des mots nouveaux, français, et introduits déjà dans le Petit Robert 2021 !
- Confinement est sorti des caissons de matières radioactives pour concerner notre enfermement dans des lieux et des durées
imposées. Le déconfinement redonne la liberté, chère à nos coeurs et inscrite sur tous les frontons des bâtiments publics
français. On le préfère au précédent.
- Distanciation : action de créer une distance, créer une distance entre-soi et quelque chose afin de la regarder d’un oeil
extérieur.
Ah ça, c’est vrai ! La distanciation physique a d’ailleurs abouti à une distanciation sociale, on se recule au bord du trottoir, on regarde les autres d’un oeil soupçonneux, on ne prononce plus bonjour, les mains sont objets de suspicion, les embrassades interdites, comme dans certains dessins de Xavier Gorce, nous devenons des manchots. - Distanciel : fonctionnement à distance et son contraire présentiel : manière de fonctionner en situation réelle dans le temps présent, sans intermédiaire et sans média interposé, s’oppose à virtuel Oh la terrible définition, on insiste. De manchot, nous pouvons devenir invisibles. Dire que je me crois en chair et en os !
Bon, ces mots sont compréhensibles, donc intégrés. On s’habitue à tout.
Quelques autres locutions nous sont amenées par les termes médicaux, normal en temps de pandémie : ainsi, nous sommes devenus familiers du covid, du PCR, du SRAS et du SARS (Pas sûr… à vérifier !)
Nous avons enrichi les talents de nos organes des sens en découvrant l’agueusie (perte du goût), l’anosmie (perte de l’odorat), de notre observation en nommant une situation asymptomatique.
Quelques autres mots m’interrogent :
-Le cluster désigne un foyer de contamination.
-Le tracking a déjà bien évolué : du réglage de la bande magnétique sur un magnétophone, il est devenu le pistage d’un
internaute, l’action de suivre (ici la maladie) pour localiser (le porteur du virus). Comme le précédent, c’est un mot anglais.
-Les webinaires ont fleuri partout, notre conseil d’administration national n’y a pas souscrit : séminaire par le web, internet,
ou visio conférence.
Et la dernière expression qui me fait bondir : click and collect ou click&collect qui désigne l’achat en ligne, par internet et le
retrait au point de vente. Très, très facile à dire en français : cliquez et collectez.
Je me rappelle le nombre de livres qu’Amis Sans Frontières envoie à l’extérieur de la France pour soutenir l’apprentissage de la langue française. Cette action a commencé il y a 30 ans.
Nous avons pu répondre à des demandes émanant des professeurs de français de Roumanie, de Hongrie, de Moldavie, de
Pologne, de Grèce, de Russie, d’Ukraine, de Slovaquie, de Palestine. Aujourd’hui, nous soutenons les demandes de projets de développement, en Afrique, au Maroc, au Burkina, au Cameroun, en Guinée.
Je me rappelle avoir rencontré, en Europe de l’Est, des professeurs de français d’une grande compétence et d’une grande
culture et qui attendaient les livres avec un immense espoir pour leurs élèves. Je me souviens avoir vu des professeurs de
français embrasser la couverture de livres de grammaire.
Je me rappelle…. Anna Bondarenco…
J’ai eu le privilège de côtoyer une universitaire renommée, Madame Anna Bondarenco, linguiste, accompagnant la formation des futurs enseignants de Français dans son pays, la Moldavie. Mme Bondarenco m’a bouleversée par sa passion de notre langue. Bernard a compris mon admiration quand il l’a découverte à son tour.
Enthousiaste, dans des amphis bondés d’étudiants, elle soulignait ce que peut apporter en finesse, en précision, en nuances, la langue française. Elle l’appréciait tellement qu’elle participait, tous les ans, à des colloques à l’université du Mirail à Toulouse, elle écrivait des publications de littérature comparée franco-roumaine et elle nous donnait envie, à nous Français, de nous perfectionner dans notre langue, de relire nos auteurs, non seulement de livres, mais de messages de vie.
Quelle joie quand nous lui avons fait rencontrer M. Achmy Halley à Chisinau, l’universitaire français spécialiste de Marguerite Yourcenar.
Joutes oratoires émaillées d’éclats créatifs, humour et liberté d’expression, textes philosophiques et scientifiques, poésie et chant, oui, le français est une langue belle, avec des racines, une vie, une musicalité qui vaut la parole au coeur du corps.
Anna vient de rejoindre Juliette Gréco, Anne Sylvestre… au pays des songes où la poésie est reine.