Cette rentrée scolaire 2020 pose la réalité de la francophonie dans notre pays.
Oui, l’apprentissage de la langue française est à l’ordre du jour dans l’hexagone, dans notre région des Hauts de France que je connais.
Les deux mois de confinement, suivis des mois de déconfinement progressif, ont beaucoup perturbé l’apprentissage de la langue à l’école primaire.
Ma voisine, enseignante, me dit avoir passé des heures, bien plus qu’en classe, pour tenir le contact numérique avec ses élèves, et ne pas avoir réussi pour certains.
Échos de la réalité sociale de nos quartiers : toutes les familles n’ont pas d’ordinateur, encore moins d’imprimante. Mais sait-on que certaines familles ne savent pas lire le français ? Dans les quartiers où la population est issue de l’immigration, c’est une réalité flagrante.
Dans le quartier du centre social de Lille, (où j’entrepose les livres), il y a 48 nationalités différentes ! La maîtrise de la langue est loin d’être acquise, malgré le travail des associations, la possibilité d’un cours de FLE(1), en place de longue date est bien fréquenté, et de plus en plus, par les femmes.
Comment faire face aux familles qui ne répondent pas aux mails ? Aux enfants qui ‘‘disparaissent’’
des radars ? L’école se trouve aujourd’hui devant de nouveaux problèmes, qu’elle tâche de résoudre malgré les difficultés d’expression et de visibilité dues aux masques portés par les enseignants 6h par jour et plus.
Depuis juin, les centres sociaux ont joué un rôle important dans le rattrapage scolaire.
Au Faubourg de Béthune à Lille, les facilitateurs (Karim, Djilali, Marianne, Caroline, Fatima …) ont
contacté les familles une par une, ont fait venir les enfants au centre social en s’inscrivant dans les
dispositifs des ‘‘vacances apprenantes’’.
Ce sont des professeurs stagiaires, des étudiants en master à l’I.N.S.P.E.(2), des profs volontaires,
certains à la retraite, des éducateurs spécialisés qui ont pris en charge l’encadrement pédagogique.
Pas question de faire classe comme à l’école néanmoins.
Chacun apprend à son rythme, est accompagné. Il faut respecter le temps de concentration, les
capacités, le niveau ‘‘ça reste des enfants et … c’était les vacances’’.
Il fallait une complémentarité entre travail et loisirs. Le but est de les aider, de vérifier des bases, la phonétique en particulier. Des jeux avec des tablettes permettent de répéter d’une manière
ludique, sonore, bien articulée.
Une pause goûter bienvenue (toujours dans le respect des règles sanitaires contraignantes en groupe) permet de reprendre sous forme de lecture d’une histoire, devinettes, jeux répétitifs.
Pour aider visuellement, les animateurs ont conçu des affiches éducatives.
Le projet : ‘‘un été pour préparer le C.P,’’ a été une initiative vitale, essentielle pour réduire les inégalités sociales. L’éducation nationale a mis en place et financé des dispositifs sur tout le territoire : écoles ouvertes, accueils de loisirs apprenants, écoles ouvertes buissonnières, colonies apprenantes à destination des quartiers prioritaires.
Mairies, centres sociaux, CAF, associations, etc. ont joué la carte de la cohésion sociale d’une manière remarquable.
Aujourd’hui, l’école a rouvert ses portes, souhaitons-lui bonne année !
Et, parce que la Francophonie est aussi un art de vivre, permettez moi quelques facéties sur la grammaire, cette matière dite rébarbative !
- quand je dis ‘‘il pleuvait’’ de quel temps s’agit-il ? demande la maîtresse à Julien.
- d’un sale temps m’dame !
Leçon de conjugaison toujours : - si c’est toi qui chantes, tu dis : ‘‘je chante’’ explique le professeur à Chantal. Si c’est
ton frère, que dis-tu ? - je dis : arrête !
Et encore :
Le maître demande à Manu, conjugue-moi le verbe ‘‘marcher’’ au présent.
Manu, hésitant : - je marche… tu marches… il marche…
- le maître s’impatiente : plus vite !
- alors Manu : je cours, tu cours, il court.
Bonne lecture !
1- Français Langues Étrangères – 2 – Institut National Supérieur du Professorat et de l’Éducation. (IUFM)